#2
La Montagne aux étoiles (1932)
by Poem Literature French
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L
laimargue 2798c 7.06
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La Montagne aux étoiles
by Camille Gandilhon Gens d'Armes
Mais les voici venir de leurs plaines sans gloire⏎ Les envieux, les destructeurs, la foule noire⏎ Que gênent l'arbre et la montagne et le château,⏎ Ceux qui veulent tout abaisser à leur niveau,⏎ Ceux dont le pauvre rêve est de vivre sans peine,⏎ Liés jalousement à la commune chaîne...⏎ Ils ont dilapidé le trésor des aïeux,⏎ Démoli leur maison pour la rebâtir mieux,⏎ Et, contempteurs béats d'un passé qu'ils ignorent,⏎ Guettent fébrilement on ne sait quelle aurore.⏎ Sont-ce bien là les fils des hommes d'autrefois⏎ Qui m'adoraient, déesse, au temple des grands bois ?⏎ ⏎ Ils sont là. Les fourmis ont détruit les nids d'aigles.⏎ Dans les vallons comblés ils ont semé leurs seigles.⏎ Misérables, voici qu'ils rongent mes forêts !⏎ Et ma terre que les racines enserraient⏎ S'effondre sous la pluie et croule dans mes gorges.⏎ Ils ont fourbi là-bas, en de hideuses forges,⏎ Ces longs aciers cruels qui meurtrissent ma chair.⏎ Ils jettent sur mes bleus torrents des ponts de fer.⏎ Ils cherchent des trésors jusque dans mes entrailles ;⏎ Ils emportent mes bois, ils brûlent mes broussailles.⏎ Mon manteau d'autrefois, loques de miséreux !⏎ Ils m'ont zébré les flancs de chemins poussiéreux⏎ Où fourmillent des véhicules frénétiques.⏎ De l'agitation ce sont les fanatiques.⏎ Ils m'assaillent, l'été, comme vols de criquets,⏎ Flétrissant tout, sommets fleuris, prés et bosquets,⏎ Hypocrites amants d'une magnificence⏎ Qu'ils détruisent déjà par leur seule présence !⏎ Et je ne trouve plus le calme qui me fuit⏎ Que seule sous la neige et seule dans la nuit.⏎ ⏎ Arrière, destructeurs de forêts ! Prenez garde !⏎ Je pourrais me lasser de souffrir vos nasardes⏎ Et ces démangeaisons d'insectes sur ma peau.⏎ Si je suis patiente et garde le repos,⏎ C'est que l'Humanité n'est qu'un jour dans ma vie.⏎ Mais en mon cœur profond je sens poindre l'envie⏎ De redresser au ciel mon torse de volcan⏎ Et d'insuffler mon âme au sauvage ouragan⏎ Qui me purifierait de tout parasitisme.⏎ Hommes, n'attendez pas l'ultime cataclysme !⏎ Gagnez la plaine molle où dorment les marais.⏎ Ne passez plus le seuil ravagé des forêts :⏎ Vous n'en comprenez pas l'auguste solitude ;⏎ Et vous tremblez des monts altiers la quiétude,⏎ Destructeurs de beauté, trépidants et jaloux,⏎ Allez-vous en !⏎⇥ Et vous, restez aigles et loups,⏎ Renards et sangliers, nobles bêtes sauvages !⏎ Revenez, les bannis, mes hôtes des vieux âges !⏎ A moi, forêts ! Couvrez l'opprobre des chemins.⏎ Croissez, chênes, ormeaux, hêtres, bouleaux, sapins,⏎ Beaux arbres ! Votre patience végétale⏎ A nouveau tissera la robe impériale⏎ Dont je couvrirai tout, jusques à l'horizon.⏎ Puissé-je, alors, changeante au rythme des saisons,⏎ Tant que le dieu Soleil éclairera la Terre,⏎ Vieillir dans mon orgueil antique, solitaire ! »⏎ ⏎ La montagne avait tu sa formidable voix...⏎ Je descendis, furtif, par le sentier des bois.🏁
Submitted by laimargue - 06/07/2026
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La Montagne aux étoiles
by Camille Gandilhon Gens d'Armes
Mais les voici venir de leurs plaines sans gloire⏎ Les envieux, les destructeurs, la foule noire⏎ Que gênent l'arbre et la montagne et le château,⏎ Ceux qui veulent tout abaisser à leur niveau,⏎ Ceux dont le pauvre rêve est de vivre sans peine,⏎ Liés jalousement à la commune chaîne...⏎ Ils ont dilapidé le trésor des aïeux,⏎ Démoli leur maison pour la rebâtir mieux,⏎ Et, contempteurs béats d'un passé qu'ils ignorent,⏎ Guettent fébrilement on ne sait quelle aurore.⏎ Sont-ce bien là les fils des hommes d'autrefois⏎ Qui m'adoraient, déesse, au temple des grands bois ?⏎ ⏎ Ils sont là. Les fourmis ont détruit les nids d'aigles.⏎ Dans les vallons comblés ils ont semé leurs seigles.⏎ Misérables, voici qu'ils rongent mes forêts !⏎ Et ma terre que les racines enserraient⏎ S'effondre sous la pluie et croule dans mes gorges.⏎ Ils ont fourbi là-bas, en de hideuses forges,⏎ Ces longs aciers cruels qui meurtrissent ma chair.⏎ Ils jettent sur mes bleus torrents des ponts de fer.⏎ Ils cherchent des trésors jusque dans mes entrailles ;⏎ Ils emportent mes bois, ils brûlent mes broussailles.⏎ Mon manteau d'autrefois, loques de miséreux !⏎ Ils m'ont zébré les flancs de chemins poussiéreux⏎ Où fourmillent des véhicules frénétiques.⏎ De l'agitation ce sont les fanatiques.⏎ Ils m'assaillent, l'été, comme vols de criquets,⏎ Flétrissant tout, sommets fleuris, prés et bosquets,⏎ Hypocrites amants d'une magnificence⏎ Qu'ils détruisent déjà par leur seule présence !⏎ Et je ne trouve plus le calme qui me fuit⏎ Que seule sous la neige et seule dans la nuit.⏎ ⏎ Arrière, destructeurs de forêts ! Prenez garde !⏎ Je pourrais me lasser de souffrir vos nasardes⏎ Et ces démangeaisons d'insectes sur ma peau.⏎ Si je suis patiente et garde le repos,⏎ C'est que l'Humanité n'est qu'un jour dans ma vie.⏎ Mais en mon cœur profond je sens poindre l'envie⏎ De redresser au ciel mon torse de volcan⏎ Et d'insuffler mon âme au sauvage ouragan⏎ Qui me purifierait de tout parasitisme.⏎ Hommes, n'attendez pas l'ultime cataclysme !⏎ Gagnez la plaine molle où dorment les marais.⏎ Ne passez plus le seuil ravagé des forêts :⏎ Vous n'en comprenez pas l'auguste solitude ;⏎ Et vous tremblez des monts altiers la quiétude,⏎ Destructeurs de beauté, trépidants et jaloux,⏎ Allez-vous en !⏎⇥ Et vous, restez aigles et loups,⏎ Renards et sangliers, nobles bêtes sauvages !⏎ Revenez, les bannis, mes hôtes des vieux âges !⏎ A moi, forêts ! Couvrez l'opprobre des chemins.⏎ Croissez, chênes, ormeaux, hêtres, bouleaux, sapins,⏎ Beaux arbres ! Votre patience végétale⏎ A nouveau tissera la robe impériale⏎ Dont je couvrirai tout, jusques à l'horizon.⏎ Puissé-je, alors, changeante au rythme des saisons,⏎ Tant que le dieu Soleil éclairera la Terre,⏎ Vieillir dans mon orgueil antique, solitaire ! »⏎ ⏎ La montagne avait tu sa formidable voix...⏎ Je descendis, furtif, par le sentier des bois.🏁
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